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Le Silence du Futur 1992-93
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À propos de la sortie d'un CD sur le label Cyprès en novembre 2001   → comments    → catalog    → cds    

• Répertoire avril 2002

Qui se douterait que Denis Pousseur (fils de Henri) provient d'un parcourt “sauvage”, via le rock même, lors qu'on se laisse prendre par la grande pureté et la maturité d'évidence de son cycle Le Silence du futur ? Ni Pierrot Lunaire, ni Marteau sans Maître là-dedans, à peine quelques libres réminiscences de Webern ou Stravinsky. Denis Pousseur évoque quant à lui une “stratégie de contournement” confronté qu'il était à son “peu d'illusions sur la possibilité d'inventer en musique des concepts encore fondamentalement nouveaux, après la profusion des décennies précédentes.” Et il ajoute cette boutade “En une époque toujours avide de nouveauté, ceci pouvait être un motif de sclérose”.

Denis Pousseur préfère donc repartir de l' “assise classique”. De cette démarche, il récuse le “soupçon de passéisme” et envisage “la création comme un jeu tout autant abstrait que dramaturgique”. Ceci le mène de trois pièces pour clarinette à trois pour violon et trois pour piano, à un ultime “trio en abîme”, qui reprend toutes les autres pièces, trio qui “induit une augmentation de la fragmentation” qui confère à la fin de l'oeuvre une esthétique de plus en plus “contemporaine”, selon une logique formelle où il ne faut pas “voir de volonté de métaphore historique”.

Pousseur conclut que “ce qui caractérise le mieux notre temps, c'est cet éclatement en bribes, restes, fragments de mémoire... ” De la même façon Rabelais, entre la scolastique ancienne et la fraîcheur de la Renaissance, imagine les paroles gelées, ces bribes d'Histoire et d'histoires qui se dégèlent en interjections.

La démarche est attachante. Elle à parfois la saveur libre et amère d'un Erik Satie tel que John Cage l'entendait, en rupture totale mais si discrète. De la même façon, le peintre Vincent Corpet (actuellement exposé au Musée d'Art moderne de Saint-Etienne) développe entre autres une réflexion sur “l'œiI vecteur de mémoire” dans ses toiles dites Analogies, qui indisposent magnifiquement le milieu de l'art par leur étrange “réalisme”.

Nous voici alléchés, surtout grâce au subtil savoir faire de l'Ebony Trio. Denis Pousseur nous invite à le suivre, avec en viatique quelques lectures de Daniel Charles, celui qui parle de Cage ou, mieux encore ici, celui de la postmodernité. Mais il doit encore nous convaincre. Il peut y avoir de la roche tarpéenne dans son doux paradoxe.

Jean Vermeil


• Le Monde de la Musique juin 2002

Fils de Henri Pousseur, Denis Pousseur n'a pas essayé de se faire un prénom dans le domaine de la musique contemporaine. Autodidacte (c'est lui qui le dit), il s'est mesuré d'abord aux musiques fonctionnelles (jazz, rock, cinéma) et utilise cette expérience dans une oeuvre comme ce trio composé de neuf numéros distincts. Les trois instruments nous y apparaissent chargés de leur histoire spécifique, et le compositeur affirme son attachement à une thématique bien définie, comme le souligne Célestin Deliège dans son texte de présentation. Avec sa division en trois grandes sections et la nomenclature qui change d'un numéro à l'autre, ce trio fait penser à Pierrot Lunaire de Schoenberg, auquel il s'apparente aussi par certaines caractéristiques esthétiques, d'autres rappelant, de leur côté, Stravinsky. Mais, malgré ces liens avec la musique du début du XXe siècle l'œuvre n'a rien de vétuste. On perçoit au travers un propos bien ordonné, le sens du défi et l'humour du compositeur. Souvent la structure met en évidence une cohabitation paradoxale entre obstination et imprévisibilité, comme dans le sixième numéro, l'un de ceux qui utilisent la formation de trio au complet, l'un aussi des plus travaillés. Les interprètes, excellents, sont des familiers de ce répertoire.

Costin Cazaban

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Méandres 1994-95
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À propos de la création par l'ensemble Musiques Nouvelles

• Le Soir mars 1995

Le jeune compositeur belge Denis Pousseur fait pas mal parler de lui. Il y a deux jours, au cours d'un concert coproduit par Ars Musica et le Botanique, on a créé l'une de ses œuvres intitulée “Méandres”. L'Ensemble Musique Nouvelle était dirigé par Patrick Davin. Méandres ne fait appel à aucun instrument non classique, sans doute est-ce là un acte délibérément posé de la part de ce jeune compositeur que l'on connaît plus comme créateur de musiques de spectacles. À travers ces “Méandres”, il a manifestement voulu prouver (et se prouver) qu'il était tout à fait capable de renoncer aux artifices de la technique pour se livrer, sous un autre visage. “Méandres” est apparue comme une pièce remarquablement écrite, témoignant d'une belle connaissance des capacités techniques instrumentales, formellement très construite. Contrastes entre lyrisme, calme poétique et accents plus passionnés. Peut-être manque-t-il encore à Denis Pousseur un brin de liberté et d'audace expressive, un rien plus de jus.

Ces qualités, on les retrouve justement dans le très beau disque de musiques de spectacles qui lui est consacré. Il s'agit de 19 brèves partitions écrites pour diverses productions théâtrales et de danse, entre 1985 et 1993. Dans ce domaine, Denis Pousseur affirme une personnalité à fois raffinée et intelligente. Il manie aussi bien l'humour qu'un lyrisme pudique, le ludisme rythmique que l'émotion qui nait d'une belle maîtrise de la couleur. À la fois rock, jazz et opératique, l'inspiration de Pousseur est idéale dans ce rôle de créatrice d'ambiances. (...)

Thierry Lacence



Les Mille Voix du Fleuve 1995-97
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À propos de la création par l'Orchestre Philharmonique de Liège   → comments    → catalog    → cds    

• La Libre Belgique février 1996

UN COMPOSITEUR PRENOMME DENIS...

Deux regrets à l'issue du concert donné par l'0PL le jeudi 15 février au Palais des Beaux-Arts : que Pousseur fut si court et que Tchaïkovski, malgré la présence radieuse d'Elisabeth Leonskaja fut si long.

On se doute que la création d'une première pièce pour orchestre symphonique représentait pour Denis Pousseur, 37 ans, fils d'Henri un passage décisif vers la “grande forme” et, par la même voie vers le statut de compositeur à part entière. C'est que Denis, peu soucieux de mettre ses pas dans ceux de son père, avait entrepris son voyage musical par les chemins du rock, des percussions et de la musique de scène, complétés par des explorations fécondes en territoire électronique et informatique.

Quelques apparitions dans des programmes plus classiques, notamment une participation aux “Leçons d'Enfer” d'Henri Pousseur, et la composition de “Méandres” créé l'an dernier par Musique Nouvelle au Botanique, avaient révélé un don très personnel qui s'est magistra1ement confirmé avec ces “Mille voix du Fleuve”. (comiquement annonçées à Radio 3 - c'est une station urbaine - comme “Voix de la ville” -...)

Inspiré de “Siddharta” le roman initiatique d'Herman Hesse, les Mille voix - racontent comment l'auditeur - le poète, le héros -, plongé dans un univers sonore dépourvu de sens, parvient à y distinguer des signes qui lui parlent. À travers de courtes cellules aisément identifiables, Denis Pousseur entreprend sa narration : les images surgissent, chatoyantes et colorées, tandis que l'utilisation savante des percussions crée la tension dynamique.

Cette musique avance, comme Siddharta dans la forêt et parle, comme le fleuve tumultueux. Son discours, comme celui de l'Orient, se détourne de la dérive formaliste - malgré sa richesse de savoir - pour s'adresser directement au corps. C'est beau et envoûtant, d'un grand raffinement d'écriture et défendu avec un soin attentif par les musiciens et leur chef Pierre Bartholomée, commanditaire de l'œuvre. (...)

Martine Dumont-Mergeay


• Le Soir février 1996

TRIOMPHE DE LISA LEONSKAIA, DECOUVERTE DE DENIS POUSSEUR

Curieux programme pour le dernier concert de l'orchestre de Liège : sa logique repose en fait largement dans la préparation du programme présenté lors de la prochaine tournée en Autriche et en Allemagne. Le roman de Herman Hesse “Siddharta” appartient à la veine du roman de formation chère à l'écrivain allemand où le récit sert de révélation à lui-même au héros comme au lecteur. Un de ces épisodes relate comment Siddharta, parvenu au bord d'un fleuve majestueux, reçoit soudain la révélation des “mille voix du fleuve” et comment il interprète cette découverte émotionnelle. L'histoire pourrait être celle de Denis Pousseur, fils du célèbre compositeur hesbignon, dont le parcours musical cumulera des expériences aussi diverses que celles du jazz, du rock, de l'improvisation ou de la musique électronique. Les “Mille voix du fleuve” marquent son premier essai à l'orchestre symphonique. C'est un coup de maître.

UN VOYAGE FASCINANT ET APAISANT
Quelques frémissements des cordes posent une ambiance. Très vite, un tourbillon s'installe, les instruments solistes jouant l'un après l'autre un rôle de relais dans un discours en perpétuelle mouvance. Incroyable pertinence de ce foisonnement orchestral de voix qui s'entrechoquent, se répondent, se cherchent et se fuient comme autant de suscitations éphémères d'une réalité qui se situerait ailleurs. L'œuvre donne ainsi l'impression de tourner sur elle-même, nous renvoyant sans cesse les faisceaux indicateurs d'une réalité plus fondamentale, tantôt terrible et fracassante, plus souvent rêveuse ou planante mais toujours irisée de mille reflets scintillants. Par instant, l'auditeur perçoit des soupçons d'immobilité dans cette ébullition de matières sonores. Peu à peu, un climat d'immanence s'impose apaisant insensiblement le flux et le reflux des flots orchestraux pour enfin nous conduire vers une quiétude assumée. Et l'auditeur, parvenu au terme de ce parcours initiatique, de soudain se découvrir un apaisement intérieur. Tant ce voyage fascinant est déjà l'expérience d'une vie. (...)

Serge Martin


• Le Monde avril 1997

L'ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE LIEGE DONNE SA LEÇON DE MUSIQUE A PARIS

(...) Denis Pousseur est en revanche une excellente surprise. Ce jeune pianiste belge, depuis des années inscrit dans le courant du jazz, s'était volontairement tenu en dehors des arcanes de son père, Henri Pousseur, Les Mille Voix du fleuve sont son premier opus pour l'orchestre et la réussite est étonnante, Denis Pousseur écrit clair, net, les rapports de masse vents / cordes sont étonnants de naturel, et la pièce, lyrique, rythmique, sveltement dessinée, passe comme un charme, aidée par une interprétation soignée. Dépassant les questions vaines sur “ l'idéologie sociale de cet outil” qu'est l'orchestre, Denis Pousseur a réussi tout bonnement à écrire de la musique qui ne soit ni spectrale, ni tonale, ni néo-modale, ni... Comme aurait pu l'écrire à son propos Hermann Hesse (inspirateur de la pièce) : « Je plane aux limites des mondes... » Pour autant, une voix est perceptible, nettement, et nous aimerons la réentendre. (...)

Renaud Machart

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Musique de films et de scène 1995-97
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À propos de diverses musiques de scène

La Libre Belgique 1988

DENIS POUSSEUR, ALCHIMISTE ELECTRONIQUE

“La création musicale commence par la création du son et du timbre...”. Passionné d'électronique, Denis Pousseur a trente ans et reçoit aujourd'hui la deuxième Eve du genre, celle de la contribution artistique pour ses musiques, de scène de “La Princesse Maleine” au Théâtre National et de “Koniec” par le Groupov. Passionné par le rapport entre un support visuel et la musique, après avoir improvisé du jazz, composé du rock (“mais ça n'est pas vraiment notre culture”), il accompagne des longs et moyens métrages au clavier, compose sa première musique de scène pour Karmen Larumbe avant de rencontrer le Groupov à Liège qui le sollicite au moment de “The show must go on”.

“C'est eux qui m'ont fait venir au Théâtre. Avec eux, au lieu que le musicien arrive au moment où le metteur en scène intervient par rapport à un texte, je pouvais intervenir en même temps que l'auteur. Nous construisions simultanément le texte, le geste, la musique... tout. Et parfois, la musique elle-même devenait le moteur autour duquel la scène s'articulait. Ce fut le cas pour “The show..” mais aussi pour “Koniec” leur dernier spectacle.

“J'aime beaucoup cette expérimentation, ce qui ne veut pas dire que je n'ai aucun plaisir par rapport au répertoire. Après le “Roi Lear” pour lequel ma soeur, Isabelle Pousseur, m'avait demandé d'écrire la partition, Jean-claude Drouot m'appela pour “Coriolan”, de Shakespeare et voulut poursuivre cette collaboràtion avec “La Princesse Maleine”, de Maeterlinck.

Denis Pousseur aime à maitriser totalement le résultat de son inspiration. Cest pourquoi, toujours il cherche à améliorer les moyens électroniques que les nouvelles technologies mettent à la disposition du musicien. Quand il compose, c'est seul en studio sur son “resynthétiseur”, quand il interprète, c'est encore seul devant son ordinateur. Le contact humain, je le trouve au théâtre, dit-il. J'aime cet équilibre”. En regard de cette totale liberté, le musicien dit aimer la contrainte qui le motive pour travailler. “Avec le théâtre, ajoute-t-il, c'est la première fois que je me retrouve à faire de la musique avec facilité et plaisir, ou à avoir, parfois, l'impression de jeter certaines pistes que je pourrais developper en dehors au théâtre. Pour moi....”.

Claire Diez

Extraits :

CORIOLAN 1987

La vedette du spectacle : c'est la musique de Denis Pousseur, ample, moderne, percutante, et qui ajoute une dimension supplémentaire à la tragédie de Shakespeare.
Odette Paris  Radio 21

Initially splendid, especially when introduced by Denis Pousseur's powerful music.
Barney Trench  The Bulletin

KONIEC 1987

Denis Pousseur orchestre ce bal éclaté de rock dur...
Claire Diez  La Libre Belgique

Une musique tout à tour, lancinante, obsédante, agaçante...
Jacqueline Remts  La Gazette de Liège

Ce Koniec “genre théâtre”, qui trouve sa respiration dans la musique de Denis Pousseur...
Francis Chenot  Le Drapeau Rouge

LA PRINCESSE MALEINE 1987

Il échappe sans cesse au réalisme réducteur en déployant une imagerie que la sublime musique de Denis Pousseur - l'une des plus belles partitions originales qui aient été donné d'entendre depuis longtemps - dote à la fois d'une légèreté aérienne et d'un grand potentiel d'angoisse.
Jacques de Decker  Le Soir

La partition de Denis Pousseur est bien plus qu'une simple musique de scène. Bien intégrée à l'essence dramatique de l'action, elle mériterait d'être réécoutée pour elle-même.
Jean-Pierre Cordier  L'Echo de la Bourse

GENGIS KHAN 1988

Des images superbes auxquelles une musique originale de Denis Pousseur restitue un écho rythmé et lancinant.
Nicole Michelon  Le Progrès

S'il fallait placer cette représentation dans un registre proche ce serait celui de l'opéra. En raison de la superbe musique de Denis Pousseur bien sûr, qui ajuste des allusions à la musique orientale à une partition d'une rare subtilité...
Jacques de Decker  Le Soir

SANS MENTIR 1989

La musique de scène qui a permis à Denis Pousseur cette fois de tirer son chapeau à Nino Rota : la faconde fellinienne de la pièce l'y autorisait amplement...
Jacques de Decker  Le Soir

DIALOGUE ENTRE L'HUITRE ET L'AUTRUCHE 1990
(chansons pour 2 voix a capella reprises sur le CD “rules and regulations”)    →CDs

Une musique venant profond du trésor des comptines et rondes populaires tout en étant marquée d'un indéniable modernisme. Denis Pousseur, le compositeur, est un de ces jeunes qui ne renient pas leurs héritages sans renoncer à chercher des voies nouvelles.
Gabriel Vialle  La Marseillaise

...la qualité des mises en musique signée Denis Pousseur : des influences rock, blues, classiques, avec des dérapages très contrôlés..
Philip Tirard  Le Vif-L'Express

...et ces ritournelles inconnnues continuent à vous trotter dans la tête longtemps après la fin du spectacle.
Jean-Marie Wynants  Le Soir

JE SUIS BETE, JE SUIS SOT, JE SUIS MECHANT 1990

Évocation biographique nerveuse, drôle, émouvante, portée par la magistrale bande sonore de Denis Pousseur...
Danièle Gilemon  Le Soir

BROLL 1990

...Denis Pousseur a étoilé sa poésie d'athmosphères musicales vraies partenaires de jeu.
Claire Diez  La Libre Belgique

LULU/LOVE/LIVE 1991

Les musiques de Denis Pousseur sont extraordinaires. Elles électrisent le chaos d'accents nihilistes puissants, elles ironisent la déshumanisation des êtres pour s'imposer au final en vibrante incantation mélodique.
Claire Diez  La Libre Belgique

LADY INTO FOX 1991

La musique de Denis Pousseur : dansante, jazz et contemporaine, elle aussi raconte les événements et les conjugue au présent alors que les mots les récitent à l'imparfait.
J.F.B.  Informations-Dieppe

LE SONGE 1991

La musique de Denis Pousseur, d'ailleurs impeccablement équilibrée avec les images, apporte la dimension manquante de mystère, et de temps en temps, l'émotion.
C.G.  Le Monde

...musique superbe Danièle Carraz  Le Méridionnal

...musique éclectique René Solis  Libération

...une musique fortement inspirée Claudine Galéa  La Marseillaise



RECYCLING musiques de scène RECYCLING musiques de scène
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À propos de la sortie d'un CD rétrospectif sur 10 ans de musiques de scène   → cds    

Le Soir février 1995

Denis Pousseur est issu d'une famille où la musique et le spectacle ne sont pas de vains mots. Fils du musicien Henri Pousseur, il est aussi le frère d'lsabelle et de Marianne, toutes deux très actives dans le mileu du théâtre. Tout naturellement, Denis se partage entre les deux passions familiales, la musique et la scène. Au point d'avoir composé depuis une dizaine d'années toute une série de musiques destinées à des spectacles du Groupov, d'Isabelle Pousseur, de Janine Godinas, de François Sikivie, de l'ensemble Leporello, etc.

DIX ANS DE SPECTACLE
En 1991, il avait sorti “Rules and Regulations”, inspiré de Lewis Carroll, chez Igloo. le très bel album qu'il sort aujourd'hui regroupe des titres écrits durant ces dix années pour une dizaine de spectacles différents. “Quand j'ai eu derrière moi un certains nombre de spectacles, explique-t-il, l'idée de réaliser un CD de compilation a germé dans mon esprit. Une première campagne de prospection m'a bien vite démontré qu'aucune firme discographique digne de ce nom ne pouvait s'intéresser à un tel projet : une compilation, avec ce que cela suppose comme caractéristiques non commerciales ; un nom peu connu et belge de surcroît, il est vrai que je n'avais pas mis beaucoup de chances de mon côté...”

Heureusement, à côté du marketing qui fait la loi dans les firmes de disques, il reste le talent d'un compositeur discret et prolifique. S'adressant à ceux pour qui il avait écrit ces musiques, Denis Pousseur est parvenu a coproduire ce CD qui se révèle être un petit bijou. Des compositions variées mais réunies par un style, par l'utilisation originale de toutes les possibilités de l'informatique musicale et par une sensibilité indéniable. Si cet album est un petit bijou pour ceux qui ont eu le bonheur de voir des spectacles tels que “Broll”, “Le Songe”, “Les Jumelles”, ou “The Show Must Go On”, il ravira aussi les amateurs de musique contemporaine.

Jean-Marie Wynants

Jazz in Time février 1995

Bien sûr, ceci n'est pas du jazz. On serait d'ailleurs bien en peine de dire ce que c'est exactement, tant on a affaire ici à une de ces expressions musicales échappant à toute classification connue, et susceptible dès lors de dérouter les journalistes à étiquettes. C'est d'ailleurs presque toujours le cas en ce qui concerne Denis Pousseur, étrange arpenteur de la marge autant que marginal arpenteur de l'ètrange (cfr aussi le nom évocateur du label Crossed Lines !). Ceci dit, avant d'en venir à la musique elle-même, il convient de souligner le remarquable emballage qui lui sert de support. Fidèle au titre de l'album (Recycled), l'objet a été conçu par Eric Duyckaerts, avec le soutien graphique de Benoît Hennebert et celui, photographique, de Lou Hérion, et... ça crache !

Le contenu : il s'agit d'une sorte de récapitulatif des musiques de scène qu'a écrit Denis Pousseur entre 1985 et 1994 pour des productions du Groupov entre autres, soit The show must go on (85) Koniec (87) Sans mentir (89) Broll (90) Le Songe / Lulu Love Life / Lady into fox (91) Les yeux inutiles / Narcisse et moi et moi (93) et Les jumelles (94). À l'exception de quelques plages sur lesquelles interviennent deux des plus fidèles complices de Pousseur (le guitariste Jean-Pierre Urbano et le bassiste/guitariste Jano Buchem), l'architecture est le plus souvent le fait du seul Denis Pousseur, Maître Alchimiste en matière de sons de synthèses d'où un ton général souvent évocateur d'images glacées (comme peut glacer le seul regard de leur concepteur) et de paysages artificiels. Parfois descriptive (Parking Souterrain), parfois traversée de réminiscences classiques (cfr la voix de Marianne Pousseur dans Le Mariage), traditionnelles (Fanfare) ou rock (Koniec), la musique est avant tout, par définition, de type fonctionnel. Et il n'est pas sans intérêt de noter ici le parallélisme étonnant entre la présente démarche (qui nous offre des musiques ayant réellement servi à la scène, mais qui sont ici sorties de leur contexte) et celle du défunt Collectif du Lion (Pousseur, Vaiana, Danloy, Debrulle 1984) dont le disque (Igl 019) nous présentait 8 séquences de musiques de films imaginaires (càd très précisément le processus inverse) ! Les rapports entre l'image (fut-elle imaginée) et le son semblent donc avoir toujours fasciné Denis Pousseur (dont certaines interventions pianistiques interpellantes nous rappellent qu'il fut aussi pianiste avant de se consacrer à la composition). L'ensemble peut sembler hétéroclite. C'est la loi du genre, et par ailleurs, je pense qu'une unité est assez nettement perceptible sous la diversité de ces univers de miroirs, tantôt concaves, tantôt convexes, tantôt béants. L'impression finale reste quoiqu'il en soit une succession d'images-sons, de couleurs de bruits, de mouvements acoustiques, ce qui, en fin de compte, est sans doute la preuve que le compositeur a rempli son rôle.

Jean-Paul Schroeder

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